Lettre aux élèves du collège SJP

A vous tous, élèves du collège Saint-John Perse

Cette semaine, nous devions ensemble fêter « le bonheur à l’école ». Montrer à tous que l’on peut vivre l’école autrement. Ensemble, élèves, enseignants, parents et équipes techniques et administratives, nous avions prévu et organisé des ateliers aussi divers qu’originaux.

Mais l’actualité en a décidé autrement. Cela arrive.  Je partage vos regrets. Notre semaine n’aura pas lieu.  Mais certaines de vos propositions seront tout de même mises en place dès notre reprise. Je vous le promets.

Il arrive, quelquefois, que l’Histoire, la grande, celle avec un grand « H » nous rattrape.  Depuis lundi, comme dans beaucoup d’autres pays, nous vivons des mesures de confinement pour éviter la propagation du COVID 19, ce virus contre lequel nous sommes en « guerre sanitaire ». Ces deux mots ne sont généralement pas mis ensemble mais ils sont destinés à nous faire comprendre que nous vivons des moments graves, qui concernent notre santé à tous et que devons être unis et forts pour faire face et vaincre cette maladie.

Car nous sommes à ce stade, tous, potentiellement des porteurs sains. C’est à dire des véhicules possibles de la maladie sans en être soi-même malade.  Et la seule manière de protéger ceux que nous aimons c’est en gardant nos distances, en respectant le confinement et en accomplissant en toutes occasions les gestes barrières. Vous n’avez pas à vous sentir coupable de cela. Au contraire !  Je compte d’ailleurs sur vous pour être les passeurs de ces gestes comme je me suis appuyée sur les élèves de troisième pour vous accompagner dans leur apprentissage.

Mais vivre l’Histoire, celle avec un grand H, peut faire peur, être injuste. Vivre une crise n’est jamais facile. Vos craintes, vos doutes sont choses normales. N’ayez aucune honte à les exprimer. Vos parents peuvent les entendre et vous aideront à les dépasser.

C’est leur mission. Et c’est la nôtre, au collège Saint-John Perse, de les accompagner et vous aidez à apprendre à devenir autonomes, à être responsables. Notre travail au collège consiste à vous préparer à choisir qui vous voudrez devenir demain, à vous guider vers le parcours qui vous permettra d’y arriver pour être un jour, pleinement vous-même. Vivre dans un monde qui sera très certainement différent de celui de vos parents, à la recherche de votre propre bonheur.

Et l’Histoire avec un grand « H » en a décidé autrement, en nous ôtant nos repères, votre rythme habituel en face-à-face avec vos enseignants, ce temps de confinement n’est pas la fin. Il ne nous prive cependant pas de notre liberté d’action, ni de notre capacité à savoir nous saisir des moments pour réaliser nos projets. Nos rêves. Il ne se traduit pas par un arrêt de votre route vers l’autonomie, la responsabilité, la recherche de vous même. Bien au contraire. Il s’agit pour vous, mais aussi pour nous tous, d’apprendre à tirer le meilleur de ce moment.

Et c’est aussi pour cela que je vous écris aujourd’hui. Pour que vous preniez conscience, que ce moment est le vôtre. Que vous pouvez en tirer le meilleur et grandir. Que vous pouvez transformer les contraintes d’être à la maison en opportunités pour vous découvrir. Aller au delà de ce dont on vous croit capable.

Avec vos enseignants et vos parents, nous avons mis à votre disposition des outils qui vous permettent de continuer à travailler à la maison. Avec ou sans leur aide. Quel challenge ! Mais je vous fais confiance pour réussir. Vous avez de quoi organisez votre temps. Et vous avez juste besoin pour cela d’accepter de faire un saut unique et très important : celui d’accepter d’être (en partie) responsable de vous même. C’est cela grandir. Et vous pouvez y arriver en faisant une chose très simple, tellement simple qu’on en ignore très souvent la portée réelle. Donnez vous des petits rituels : réveil, douche, petit-déjeuner…, habillez-vous (pas l’uniforme, je vous en dispense…) et pendant un temps dont vous fixez vous même la durée, travaillez. Maintenez le lien avec vos camarades surtout les plus isolés. C’est très important. Une part de ce que nous sommes en tant que personne dépend de notre rapport aux autres. Pourquoi ne pas faire des groupes de travail pour échanger, s’entraider sur les exercices difficiles ou se répartir les recherches demandées dans certaines disciplines. Aussi, soyez solidaires ! Partagez !  Je compte sur vous.

Etre confiné, c’est aussi apprendre le vivre ensemble. Alors, profitez de cette période pour essayer de pratiquer des activités avec vos frères et sœurs, avec vos parents. Intéressez vous aux autres. A leurs besoins et attentes. Vous serez surpris de ce que l’on gagne à connaître les gens, nos proches. A quel point cela nous rend meilleurs. Alors n’hésitez pas.

Comme vous allez avoir beaucoup de temps, profitez pour faire des activités nouvelles qui vous invitent à penser et rêver (lire, ou écouter des livres audio, de la musique), à réfléchir et à vous informer (lecture de quotidiens), à découvrir de nouvelles choses sans céder à la facilité (regarder des pièces de théâtre, un opéra, visiter un musée virtuellement…). Soyez curieux, posez-vous des questions, allez chercher les réponses, ne vous contentez pas de celles que nous vous donnons…

Ce moment de confinement, vos parents ne l’ont jamais vécu ! C’est une chose nouvelle pour eux autant que pour vous.  C’est le moment de rebattre les cartes, d’apprendre à développer d’autres valeurs qui ne sont malheureusement pas suffisamment enseignées à l’école : la solidarité, l’entraide, l’écoute, la fraternité, le sens de la famille.

Et n’oubliez pas de jouer !  Retrouvez-le goût du « nous », en famille. Avec vos frères et sœurs. Cela participera à développer votre imaginaire. Demandez à vos parents de vous racontez des histoires, celles de leur jeunesse, des anecdotes du temps ou ils avaient votre âge (oui, ils ont eu votre âge). Ecrivez votre propre histoire, celle de votre confinement, comme le faisait Anne Franck dans son journal, elle vous restera ainsi plus facilement en mémoire pour vos propres enfants.

Ce n’est une semaine de bonheur que nous offre l’Histoire (avec un grand H) c’est bien plus que cela : la possibilité de redécouvrir le bonheur en famille.

Votre principale

Yasmina ZOZOR